
Qu’est-ce qui distingue le journaliste du créateur de contenu ? En quoi les deux approches se complètent ? Lors des Assises du journalisme de Tours 2025, une journaliste et un créateur de contenu se sont pliés à l’exercice du regard croisé sur leur activité.
Désormais tout est information, le travail des médias traditionnels se télescopant avec celui de créateurs de contenu investis avec sérieux dans le suivi de l’actualité, mais aussi avec une multitude de messages à la fiabilité douteuse véhiculés par les réseaux sociaux. Dans ce contexte, le rôle respectif des journalistes traditionnels et des créateurs de contenu demande à être reprécisé. Même si les complémentarités entre les deux univers sont plus nombreuses qu’on pourrait le croire.
Grand reporter pour France TV, Stéphanie Pérez souligne les changements radicaux survenus depuis les années 90. « Alors qu’il fallait auparavant beaucoup de temps pour transmettre l’information, les avancées technologiques permettent aujourd’hui une diffusion quasi instantanée », explique-t-elle.
Du haut de ses 27 ans, Gaspard G compte aujourd’hui plus d’un million d’abonnés sur sa chaîne YouTube traitant d’actualité et de politique, après avoir commencé à publier ses premières vidéos sur la plateforme… à l’âge de 10 ans. Sans se revendiquer journaliste, il se réclame de la Charte de déontologie de Munich de 1971 et collabore avec un réseau de journalistes rémunérés à la pige. « C’est l’aspect pédagogique qui me guide dans mes vidéos, il s’agit de rappeler les fondamentaux derrière les sujets d’actualité, que les médias traditionnels jugent parfois acquis », avance-t-il. Gaspard G s’enorgueillit d’ailleurs de travailler en collaboration avec des médias comme Télérama ou Médiapart et de faire des chroniques sur France Inter.
La montée de nouveaux formats a d’ailleurs incité France TV à faire sa mue. « Pendant longtemps, il était difficile de trouver les sujets du JT sur les moteurs de recherche. Il y a eu une vraie réflexion pour améliorer leur accessibilité, avec un service aujourd’hui en charge de mettre en ligne nos sujets, dans des formats plus courts », indique Stéphanie Pérez. La transformation a même infusé le traitement de l’actualité. « Nous avons revu notre façon de penser les sujets pour cibler les plus jeunes », poursuit la journaliste.
Pour faire le tri entre les contenus, faudrait-il en passer par un « permis d’informer » ? Également secrétaire général de l’UMICC (Union des métiers de l’influence et des créateurs de contenu), Gaspard G reconnaît qu’aujourd’hui, tout le monde peut devenir émetteur d’information. « Ce n’est pas forcément une bonne chose. Il y a un travail de labellisation à faire, d’éducation des créateurs de contenu, que nous avons commencé en adoptant il y a un an une charte éthique. Mais il faudrait aussi donner les moyens aux créateurs de contenu en leur donnant accès aux aides publiques », défend-il.
Sophie Pérez rejette en revanche toute idée de label. « La réflexion doit aussi venir de ceux qui regardent, et qui doivent faire le tri entre ce à quoi ils s’exposent », reste-t-elle.
Texte et photo : Gaëlle Ginibrière